Mario BAVA

(1914 - 1980)

Il più grande

Mario Bava a commencé sa carrière artistique à l'école de Beaux Arts. Son père était sculpteur et faisait les décors de films. Le jeune Mario s'initie plutôt à la peinture. Passionné du peintre Dali ou De Chirico, il veut entreprendre un métier d'artiste peintre. Un jour il constate qu'il a fait le même tableau que l'un de ses camarades de classe. A ce moment là il décide d'arrêter la peinture et va aider son père à dessiner des décors sur des plateaux de tournages.

Il commence à prendre goût à la caméra et réalise des courts métrages en hommage à la musique et à la peinture. Bricoleur de génie, il devient peu à peu un maître des effets spéciaux optiques. Figurant une explosion atomique dans un verre d'eau ou un ciel d'orage dans un aquarium, le jeune Mario se fait distinguer par divers réalisateurs. C'est alors que son père, Eugénio Bava, lui enseigne les techniques d'éclairages au cinéma. Mario Bava devient un chef opérateur de renom. Il travaille pour Jacques Tourneur, Riccardo Freda, Mario Monicelli, Dino Risi et bien d'autres réalisateurs. Souvent il se fait remarquer par les producteurs car il sauve des tournages du naufrage en finissant les films suite à une dispute entre réalisateurs et financiers. C'est ainsi que des producteurs lui donnent l'occasion de faire son premier long métrage en 1960 qui deviendra son film le plus connu :
« Le masque du démon ». Un film d'épouvante gothique en noir et blanc avec une actrice inconnue qui deviendra célèbre par la suite : Barbara Steele.

L'année suivante, il enchaîne avec un péplum, très à la mode à cette période : « Hercule contre les vampires ». C'est son premier film en couleur. Si Bava semble mal à l'aise en extérieur, il se révèle un peintre de génie en intérieur. Il filme les grottes d'une manière originale en baignant le sol de fumée et en inondant les parois de couleurs rouges, vertes ou jaunes. Chaque plan se révèle comme un tableau. Toujours dans sa lancée du péplum, il en réalise un second la même année: « La ruée des vikings ».
 Nous sommes toujours en 1961, lorsque Bava réalise son troisième film de l'année : « Les milles et une nuits ». C'est un conte fantastique.
 Epuisé par ces durs mois de tournage, Bava ne peut cependant pas se reposer car l'année suivante, les producteurs américains lui demandent de réaliser «  La fille qui en savait trop ».
 Bava n'accueille pas ce projet de comédie avec enthousiasme et le ton humoristique ne le convainc pas. Ainsi, lorsqu'il commence non sans mauvaise grâce le tournage, il en noircit le ton en le poussant vers le macabre.
En 1963, il s'attaque à la réalisation du « Le corps et le fouet » avec Daliah Lavi et Christopher Lee. Usant de son pseudonyme John M. Old pour américaniser son film et le vendre plus facilement aux USA, le film portera un titre différent de l'autre côté de l'atlantique : « What ? ». Voici une preuve que le spectateur n'est pas amené à comprendre le scénario. Car Mario Bava s'intéresse plus aux atmosphères de ses films plutôt qu'au jeu des comédiens ou au scénario. Mêlant romantisme et sadomasochisme, ce film fut interdit aux moins de 18 ans lors de sa sortie et même amputé de plusieurs minutes. Lorsqu'on le regarde de nos jours, le film n'a rien perdu de sa force. De chaque plan se dégagent une chaleur gothique et une perversion baroque.
La même année, Bava tourne « Les trois visages de la peur ».Un film à trois sketchs qui traite des thèmes de l'angoisse : Epouvante, fantastique et surnaturel.
 
C'est en 1964 que Mario Bava porte sur l'écran le mythique « Six femmes pour l'assassin » le  sommet du giallo. Dans une maison de couture, des mannequins se font assassiner un par un par un tueur masqué.
Tout est propice à faire de ce film « le giallo des giallo » : assassin mystérieux, jolis jeunes modèles, meurtres sadiques et décors baroques. Beaucoup de cinéastes contemporains considèrent d'ailleurs ce film comme le meilleur de Bava : Martin Scorcese, Tim Burton, Quentin Tarantino et Joe Dante.
En 1965, ce touche-à-tout de génie, réalise un western : « La strada per fort alamo ». Mal à l'aise dans ce cadre, il enchaîne la même année avec un film de science fiction : « La planète des vampires ». Avec quelques rochers en polystyrènes, beaucoup de fumée et des éclairages colorés, Bava arrive à offrir un film très riche visuellement malgré la pauvreté du budget. Ce film a inspiré Ridley Scott qui dans Alien qui nous resservit le même plat.
 Nous sommes en 1966 lorsque Bava réalise « Opération peur » : un film fantastico-gothique avec des hommages à Fritz Lang et Murnau.
Pascal Martinet dira de ce film : « Retour au conte gothique pour Bava avec un cimetière nappé de brume et les ruelles étroites et inquiétantes d'un vieux village de la campagne romaine à moitié en ruine. Une ancienne villa au décor baroque s'abandonne à sa caméra dans ses moindres détails : immenses pièces livrées aux toiles d'araignées et à la poussière, bric-à-brac d'objets oubliés, longs couloirs où somnolent des rangées d'armures ». Ces quelques phrases résument la fascination de Bava pour le macabre et son obsession de la mort.
 
 
La même année, il réalise un film de vikings : « Duel au couteau » et un film comique au titre abscons de « L'espionne qui venait du surgelé » ou « Dr Goldfoot et les bikinis girls ». Ce film est un étrange mélange de comédie érotique et de film d'espionnage qui inspirera beaucoup plus tard le film « Austin Powers ».
En 1968, Bava réalise « Danger diabolik » inspiré d'une B.D. Décors psychédéliques, gadgets étonnants et cadrages fantasques, Mario Bava effectue ici une relecture des films d'aventure et d'espionnage et y ajoute sa propre touche. A noter la présence de Michel Piccoli dans le rôle d'un inspecteur de police.

Après avoir réalisé « L'odyssée » pour la télévision, une série de huit épisodes, il entreprend « Une hache pour la lune de miel » en 1969. Inspiré du syndrome de Norman Bates, ce film raconte la vie d'un jeune couturier hanté par un cauchemar. Ses pulsions le conduisent à tuer des femmes vêtues d'une robe de mariée. Le style Bava est toujours là mais comme dans chaque nouveau film, Bava arrive à innover.
Ici son utilisation du flou et de l'image métaphysique prend forme.

 La même année, il réalisa un nouveau western « Roy colt et Winchester Jack » ainsi qu'un film érotique « Quante volte...quella notte ».

 L'année 70 commence par la réalisation de « L'île de l'épouvante ». « La fille qui en savait trop » était le brouillon du giallo, « L'île de l'épouvante » est, quant à lui, l'esquisse du slasher. Ce genre est inspiré du giallo mais s'en détache rapidement.
Le titre italien de ce film peut se traduire littéralement par « Cinq poupées pour la lune d'août ». Sur une île, le week-end de dix personnages tourne au cauchemar lorsque les invités sont assassinés les uns après les autres.
 En 1971, Mario Bava continue à develloper ce nouveau genre qu'il a inventé : le slasher
 Il réalise « le slasher des slashers » avec « La baie sanglante ».
Le magazine Mad Movies a  écrit cela à l'occasion de la sortie du DVD:
« En avance de près de dix ans sur Halloween et Vendredi 13, et de plus de vingt-cinq ans sur Scream, Mario Bava invente le slasher : le jeu de massacre cinématographique. A la croisée des chemins entre deux styles antagonistes, le gothique et le réaliste, il extermine ses personnages avec une cruauté inédite à l'écran. Du gore vraiment féroce ! »
 
 
En 1972, Bava réalise un film qui lui tient très à coeur: « Lisa et le diable ». Une fable fantastique et onirique avec Elke Sommer et Telly Savalas. Malheureusement le film ne trouve aucun distributeur.
Le producteur, Alfred Leone, décide alors de le remonter en y ajoutant des scènes d'exorcisme suite au succès de « L'exorciste » de William Friedkin. L'oeuvre de Bava est alors complètement détruite. Alfred Leone trouve un distributeur et vend le film en 1975 avec un titre différent:
« La maison de l'exorcisme ». Mario Bava, très frustré, refusa de voir son nom au générique de ce pastiche. Le film eut un bon succès mais Bava ne gagna rien.
Entre temps il s'était réfugié sur le tournage de « Baron Vampire ».
Un conte fantastico-gothique. La succession d'échecs critiques et commerciaux obligèrent Bava à arrêter le cinéma pour quelques temps. Pour ne pas sombrer dans une profonde dépression, il commence la réalisation d'un film de gangster en 1974 qu'il ne monta jamais:
« Cani arrabbiati » (Chiens enragés).

Quatre ans plus tard, il co-réalise « Schock » avec son fils Lamberto Bava. L'actrice de ce film n'est autre que la femme de Dario Argento: Daria Nicolodi.
Ce film a obtenu à « Catalonian International Film Festival » de Sitges (Espagne), le prix du meilleur scénario de l'année 78.

En 1979, Bava collabore aux effets spéciaux d'un film de Argento: « Inferno ». Il ne sera cependant pas crédité au générique. La même année il co-réalise avec son fils, un téléfilm qui s'appelle:
« La venere d'ille » d'après Prosper Mérimée.

Très affaibli, Mario Bava écrit cependant en 1980 le scénario de « Star express ». Une sorte de giallo dans l'espace. Mais la mort l'emporta le 26 avril 1980, juste un mois avant la date prévue du tournage.
Pascal Martinet dira «  Celui qui avait été, toute son oeuvre durant, obnubilé par la mort au point d’en faire son sujet de prédilection, s'en allait à l'âge de soixante-six ans, dans une indifférence quasi générale, amplifiée par la disparition, trois jours plus tard, d'un autre maître de l'angoisse : Alfred Hitchcock. Le sort a parfois de ces ironies ! »

Mario Bava est mort mais ses films sont encore vivants. Ce touche-à-tout de génie, inventeur de formes et de genres (giallo et slasher), laisse derrière lui une oeuvre étonnante, inclassable et inédite sur laquelle il est bon de réfléchir et de penser.

 

Nima

Recommander
Retour à l'accueil

Derniers Commentaires

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus