Dario ARGENTO

(1940 -      )

Il maestro  

Dès son plus jeune âge, Dario Argento a baigné dans le milieu du cinéma. Son père était producteur et sa mère une célèbre photographe. Il commença sa carrière à 17 ans en tant que critique dans un journal le « Paese sera ». En 1969, il collabora avec Bernardo Bertolluci à l'écriture du scénario de « Il était une fois dans l'Ouest » de Sergio Leone. La même année, le jeune Dario réalise son premier film : « L'oiseau au plumage de cristal ». Un giallo portant les traces de « La fille qui en savait trop » de son maître Mario Bava. Malgré les pressions exercées par son distributeur sans scrupule, le film est un succès. Sa carrière est lancée.

 

Il enchaîna, l'année suivante, avec un autre giallo « Le chat à neuf queues » puis en 1972 « Quatre mouches de velours gris ».

Après sa « trilogie animale », Dario Argento essaye de changer de style. Il écrit un film historique et, ne trouvant aucun réalisateur, il le dirige lui même. Le film sort en 1973 sous le nom de « Cinq jours à Milan ». C'est un échec public et commercial. Les fans du maître boudent son film.

En 1975, Argento arrive avec un de ses plus beaux films : « Les frissons de l'angoisse ». Pendant le casting, il y rencontrera sa future femme qui n'est autre que l'actrice principale du film : Daria Nicolodi.

 

Puis en 1977, il nous livre son premier film fantastique : « Suspiria ». Ces deux films sont considérés par beaucoup de ses fans comme ses meilleurs. Mais Argento n'a pas dit son dernier mot.

 

Après l'immense succès de « Suspiria », la Fox demande au cinéaste de tourner une suite. Argento accepte à condition d'avoir carte blanche. Les producteurs américains acceptent et Argento leur donne « Inferno » 1979. Un film sans aucune structure narrative parlant de sorcières et d'ésotérisme. Les américains se grattent la tête et laissent filer l'alchimiste italien.

 

En 1983, suite à des menaces de morts téléphoniques à son encontre, Dario Argento réalise « Ténèbres ». L'histoire d'un écrivain traqué par un maniaque du téléphone. C'est indéniablement « le giallo des giallos » comme il le définit lui même. Ce film est une sorte d'adieu au genre qui le lança. Mario Bava étant mort, « Ténèbres » peut donc être qualifié d'ultime giallo de l'histoire du cinéma.

 

En 1985, il revient au fantastique avec « Phenomena ». L'histoire d'une jeune fille qui communique par télépathie avec les insectes. Le film fut tourné en Suisse avec Jennifer Connely découverte par Leone dans « Il était une fois l'Amérique » 1983. Cinéaste primitif s'il en est, Argento joue sur la fascination, que l'image animée exerce sur le spectateur et s'emploie à le plonger dans un état de contemplation hypnotique, ponctuée par de brusques réveils lors des scènes de meurtres.

 

 On retrouve cette angoisse latente dès les premiers plans, lors du magistral meurtre inaugural. Argento a en effet abandonné ces territoires urbains italiens pour filmer une vallée suisse verdoyante qu'il parvient à rendre inquiétante. Mais cette peur devient de plus en plus irréelle comme si les crises de somnambulisme de l'héroïne nous transportaient dans un état onirique, dans un univers étant plus proche de celui des contes de fées que de tout autre. Plus que d'avoir peur, il s'agit de se laisser captiver.

 

 

En 1987, Dario nous livre son film le plus dur et le plus pessimiste. Un pur moment de terreur baroque : « Opéra ».Ce film raconte l'histoire d'une cantatrice en proie aux attentions malsaines d'un tueur. Ce dernier l'oblige à assister aux meurtres de ses amis en l'attachant et en lui scotchant des aiguilles sous les yeux. Dario Argento a eu cette idée en allant dans une salle de cinéma dans laquelle on projetait un de ses films. Il remarqua que chaque fois qu'il y avait une scène sanglante, les spectateurs se cachaient les yeux. Il sortit de la salle frustré et pensif. Il rentra chez lui écrire l'esquisse de ce film.

Il exploita au maximum les mouvements de caméra virtuoses à la stedycam et à la grue. La séquence d'attaque des corbeaux dans l'opéra nous renvoie à « Les oiseaux » de Hitchcock.

 

Si Dario Argento avoue sans peine son admiration pour ce cinéaste, il reconnaîtra aussi sa passion pour l'écrivain Edgar Alan Poe pour lequel il a réalisé un film en 1990 portant le nom de « Deux yeux maléfiques ». Ce film est composé de deux sketchs de 60 min chacun dont l'un s'appelle « Le chat noir » réalisé par Argento. Le scénario est inspiré des oeuvres de Poe. Le projet devait contenir 4 sketchs mais les réalisateurs sollicités n'ont pas pu assumer leur tâche. Wes Craven et John Carpenter n'ont finalement pas fait les 2 sketchs restant.

Exilé aux Etats Unis, en 1992, Argento réalise un nouveau film: « Trauma » dont le rôle principal est tenu par sa fille Asia alors âgée de 16 ans. Elle y joue le rôle d'une anorexique suicidaire. Même si ce film a été tourné en Amérique et qu'il sent un peu l'artifice, il se différencie des autres films du réalisateur par un esthétisme plus moderne et moins baroque, par une mise en scène plus sage malgré des mouvements de caméra originaux.

 

Fort de la merveilleuse collaboration avec Asia, Dario la reprendra pour un second film en 1996 : « Le syndrome de Stendhal ». Une inspectrice souffre du syndrome de Stendhal : elle a une sensibilité exacerbée qui lui permet de s'immerger totalement dans certaines oeuvres d'art et de leur donner vie. L'expérience peut  s'avérer dangereuse surtout si le destin met sur la route de cette femme, un implacable tueur en série. Dans ce film, on sait qui est l'assassin dans les dix premières minutes ! Une première chez Argento. Donc pas de gant noir. Les éclairages ne sont pas baroques mais classiques. Seul les meurtres, très sadiques, s'apparentent au giallo. « A chaque film, j'essaye de faire quelque chose de nouveau. Faire toujours la même chose ne m'intéresse pas. » dit Dario Argento lors d'une interview. C'est comme cela que le réalisateur déçoit certains de ses fans et en acquiert d'autres. Il est fasciné par la « poésie de la technologie ». Chaque fois qu'il voit un progrès technique, cela lui donne l'idée d'un film.

 

Dario Argento fut très marqué par son premier film d'horreur : « Le fantôme de l'opéra » de Arthur Lubin avec Claude Rains. Il le vit à l'âge de 8 ans. Mais en le revoyant 50 ans plus tard, il ne retrouva plus le film qui l'avait tant bouleversé. Il fut très déçu. Son imagination l'avait recréé différemment dans son esprit. C'est pour cela qu'en 1998, il réalisa « Le fantôme de l'opéra » avec une nouvelle fois sa fille Asia dans le rôle de Christine. Le fantôme était incarné par Julian Sand. Le fantôme n'était pas déguisé. « Je ne voulais pas refaire le coup du monstre couvert de cicatrices, le visage brûlé ou sans nez, tout cela ne fait plus peur aujourd'hui. » nous dira le réalisateur. A sa sortie, le film fut cassé par la critique. On reprochait au maître une mise en scène indigne de sa flamboyance habituelle.

 

Après cet échec public, critique et commercial, Argento décide de revenir au giallo mais en l'adaptant aux années 2000. Il réalise « Le sang des innocents », un giallo moderne avec une violence plus crue et moins détaillée. Le film commence par une traque d'une vingtaine de minutes entre une prostituée et un tueur dans un train. D'emblée, cette séquence entre dans les plus belles images du maître. Le reste du film peine à reprendre son souffle. Cette fois ci, les critiques sont mitigées. Le film est sorti en janvier 2001 en Italie et en mars 2002 en France. Il ne resta pas plus de 2 semaines en salle.

 

Malgré ces échecs, le réalisateur se relève encore et toujours.

De nos jours, Dario Argento est le seul réalisateur travaillant encore dans l'horreur au premier degré. En 2003, il réalisa « Il cartaio » (le joueur de carte) qui est sorti en France durant le mois de mars 2005 en DVD.  Ce film raconte l'histoire d'un tueur sadique qui joue au poker avec la police via internet. Le gain est une jeune fille. Si la police gagne, la jeune fille est libérée. Si la police perd, la jeune fille est assassinée et son meurtre est retransmis en direct grâce à une webcam. « C'est en allant dans un magasin de jeu que l'idée de ce film m'est venue. Et puis lorsque l'on voit les informations qui circulent sur Internet, c'est vraiment fou. On peut communiquer avec les antipodes sans sortir de chez soi. Alors pourquoi pas faire communiquer un assassin avec un  monde extérieur à sa folie ? » disait Argento lors d'une interview.

 

En juillet/août 2004 il réalise « Ti piace Hitchcock ? » (Aimez-vous Hitchcock ?). En fait c'est une oeuvre destinée à la télévision italienne. Il devrait y avoir 7 sketchs remplis de clin d'oeil au réalisateur de « Psychose ».


Un article de Télérama a très bien résumé l'oeuvre des maîtres du giallo. Il fut publié en Mars 2004 : « Dario Argento prend son temps pour lire la montée de la peur sur les visages de ses héroïnes, multiplie les filtres de couleurs, soigne les ambiances sonores, qui participent à l'atmosphère d'angoisse. Certains trouveront cela bête, les amateurs du genre se laisseront prendre au jeu. A ce degré de sophistication visuelle, on dépasse le simple cinéma « bis » pour toucher à une forme d'abstraction poétique. Les calligraphes de l'horreur à l'italienne sont, à leur façon, des artistes marginaux, volontaires et incompris.


Il cartaio – Dario Argento – 2004
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