Mario BAVA
(1914 - 1980)
Il più grande
Mario Bava a commencé sa carrière artistique à l'école de Beaux Arts. Son père était sculpteur et faisait les décors de films. Le jeune Mario s'initie plutôt à la peinture. Passionné du peintre Dali ou De Chirico, il veut entreprendre un métier d'artiste peintre. Un jour il constate qu'il a fait le même tableau que l'un de ses camarades de classe. A ce moment là il décide d'arrêter la peinture et va aider son père à dessiner des décors sur des plateaux de tournages.
Il commence à prendre goût à la caméra et réalise des courts métrages en hommage à la musique
et à la peinture. Bricoleur de génie, il devient peu à peu un maître des effets spéciaux optiques. Figurant une explosion atomique dans un verre d'eau ou un ciel d'orage dans un aquarium, le
jeune Mario se fait distinguer par divers réalisateurs. C'est alors que son père, Eugénio Bava, lui enseigne les techniques d'éclairages au cinéma. Mario Bava devient un chef opérateur de renom.
Il travaille pour Jacques Tourneur, Riccardo Freda, Mario Monicelli, Dino Risi et bien d'autres réalisateurs. Souvent il se fait remarquer par les producteurs car il sauve des tournages du
naufrage en finissant les films suite à une dispute entre réalisateurs et financiers. C'est ainsi que des producteurs lui donnent l'occasion de faire son premier long métrage en 1960 qui
deviendra son film le plus connu :
« Le masque du démon ». Un film d'épouvante gothique en noir et blanc avec une actrice inconnue qui deviendra célèbre par la suite : Barbara Steele.
En
1963, il s'attaque à la réalisation du « Le corps et le fouet » avec Daliah Lavi et Christopher Lee. Usant de son pseudonyme John M. Old pour américaniser son film et le vendre
plus facilement aux USA, le film portera un titre différent de l'autre côté de l'atlantique : « What ? ». Voici une preuve que le spectateur n'est pas amené à comprendre le
scénario. Car Mario Bava s'intéresse plus aux atmosphères de ses films plutôt qu'au jeu des comédiens ou au scénario. Mêlant romantisme et sadomasochisme, ce film fut interdit aux moins de 18 ans
lors de sa sortie et même amputé de plusieurs minutes. Lorsqu'on le regarde de nos jours, le film n'a rien perdu de sa force. De chaque plan se dégagent une chaleur gothique et une perversion
baroque.
La
même année, Bava tourne « Les trois visages de la peur ».Un film à trois sketchs qui traite des thèmes de l'angoisse : Epouvante, fantastique et
surnaturel.
Tout est propice à faire de ce film « le giallo des giallo » : assassin mystérieux, jolis jeunes modèles, meurtres sadiques et décors baroques. Beaucoup de cinéastes contemporains considèrent d'ailleurs ce film comme le meilleur de Bava : Martin Scorcese, Tim Burton, Quentin Tarantino et Joe Dante.
En
1965, ce touche-à-tout de génie, réalise un western : « La strada per fort alamo ». Mal à l'aise dans ce cadre, il enchaîne la même année avec un film de science fiction :
« La planète des vampires ». Avec quelques rochers en polystyrènes, beaucoup de fumée et des éclairages colorés, Bava arrive à offrir un film très riche visuellement malgré la
pauvreté du budget. Ce film a inspiré Ridley Scott qui dans Alien qui nous resservit le même plat.
En 1968, Bava réalise « Danger diabolik » inspiré d'une B.D. Décors psychédéliques, gadgets étonnants et cadrages fantasques, Mario Bava effectue ici une relecture des films d'aventure et d'espionnage et y ajoute sa propre touche. A noter la présence de Michel Piccoli dans le rôle d'un inspecteur de police.
Après avoir réalisé « L'odyssée » pour la télévision, une série de huit
épisodes, il entreprend « Une hache pour la lune de miel » en 1969. Inspiré du syndrome de Norman Bates, ce film raconte la vie d'un jeune couturier hanté par un cauchemar. Ses
pulsions le conduisent à tuer des femmes vêtues d'une robe de mariée. Le style Bava est toujours là mais comme dans chaque nouveau film, Bava arrive à innover.
Ici son utilisation du flou et de l'image métaphysique prend forme.
La même année, il réalisa un nouveau western « Roy colt et Winchester Jack » ainsi qu'un film érotique « Quante volte...quella notte ».
« En avance de près de dix ans sur Halloween et Vendredi 13, et de plus de vingt-cinq ans sur Scream, Mario Bava invente le slasher : le jeu de massacre cinématographique. A la croisée des chemins entre deux styles antagonistes, le gothique et le réaliste, il extermine ses personnages avec une cruauté inédite à l'écran. Du gore vraiment féroce ! »
Le producteur, Alfred Leone, décide alors de le remonter en y ajoutant des scènes d'exorcisme suite au succès de « L'exorciste » de William Friedkin. L'oeuvre de Bava est alors complètement détruite. Alfred Leone trouve un distributeur et vend le film en 1975 avec un titre différent:
« La maison de l'exorcisme ». Mario Bava, très frustré, refusa de voir son nom au générique de ce pastiche. Le film eut un bon succès mais Bava ne gagna rien.
Un conte fantastico-gothique. La succession d'échecs critiques et commerciaux obligèrent Bava à arrêter le cinéma pour quelques temps. Pour ne pas sombrer dans une profonde dépression, il commence la réalisation d'un film de gangster en 1974 qu'il ne monta jamais:
« Cani arrabbiati » (Chiens enragés).
Quatre ans plus tard, il co-réalise « Schock » avec son fils Lamberto Bava.
L'actrice de ce film n'est autre que la femme de Dario Argento: Daria Nicolodi.
Ce film a obtenu à « Catalonian International Film Festival » de Sitges (Espagne), le prix du meilleur scénario de l'année 78.
En 1979, Bava collabore aux effets spéciaux d'un film de Argento:
« Inferno ». Il ne sera cependant pas crédité au générique. La même année il co-réalise avec son fils, un téléfilm qui s'appelle:
« La venere d'ille » d'après Prosper Mérimée.
Très affaibli, Mario Bava écrit cependant en 1980 le scénario de « Star
express ». Une sorte de giallo dans l'espace. Mais la mort l'emporta le 26 avril 1980, juste un mois avant la date prévue du tournage.
Pascal Martinet dira « Celui qui avait été, toute son oeuvre durant, obnubilé par la mort au point d’en faire son sujet de prédilection, s'en allait à l'âge de soixante-six ans, dans une
indifférence quasi générale, amplifiée par la disparition, trois jours plus tard, d'un autre maître de l'angoisse : Alfred Hitchcock. Le sort a parfois de ces ironies ! »
Mario Bava est mort mais ses films sont encore vivants. Ce touche-à-tout de génie, inventeur de formes et de genres (giallo et slasher), laisse derrière lui une oeuvre étonnante, inclassable et inédite sur laquelle il est bon de réfléchir et de penser.
Nima
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