Interview réalisée en septembre 2006 par Cyril Bron de CinéScopage www.cinescopage.fr


Cyril : Alors, Nima, je voulais savoir d’où vient cette passion que tu as pour le cinéma d’horreur italien ?
 
Nima : En 1995, j’allais souvent à la médiathèque Fellini à Antigone. Elle venait d’ouvrir et c’était pour moi un endroit dans lequel j’adorai passer mes après-midi. Je dévorais tous les films d’horreur : les Freddy, Halloween, Vendredi 13… Je passais d’agréable moment à les regarder, mais je les oubliais bien vite. Un jour, en cherchant des nouveaux films sanguinolents, je tombais sur « Phenomena » d’un certain Dario Argento...
Une jeune fille danoise se fait abandonner en plein jour dans la nature. La verdure suisse illumine le cadre. Le décor est magnifique mais inquiétant. Elle cherche de l’aide et rentre dans un chalet. Quelqu’un est attaché avec des chaînes. Le tueur ? Soudain la jeune touriste se fait étrangler par les chaînes. Un ciseau brillant tombe sur le plancher puis se retrouve planté dans sa main. La victime enlève le ciseau et s’enfuit. Elle arrive devant une cascade. On la poursuit. La lame du ciseau brille fortement. Elle hurle. On plante le ciseau dans son ventre. Du sang jaillit. Sa tête heurte une vitre derrière elle. Des éclats de verre s’envolent. Elle meurt décapitée.
J’étais pétrifié devant ces images. Pas à cause du caractère gore de celles ci, au contraire, cela me faisait jubiler, mais en raison de l’atmosphère oppressante qui se dégager de chaque plan. Il me fallut une bonne vingtaine de vision de ce chef-d’œuvre pour pouvoir retrouver le sommeil. Car à chaque fois, le trouble était tellement fort, qu’il me poursuivait encore la nuit. Et il m’arrivait même d’imaginer la suite du film avec les mêmes personnages. A partir de ce jour, je compris à quel point le cinéma d’horreur américain était insipide et sans âme et que les Italiens étaient les plus doués dans ce genre. Dario Argento m’a fait découvrir des sensations étranges qui étaient enfouies dans mon intérieur et m’a permis de les sortir. Grazia Maestro ! (Nima baisse la tête avec respect)
C : Tu admires seulement Dario Argento ?
 
N : Non, pas seulement mais c’est mon premier choc cinématographique. C’est pour cela que je lui voue un tel culte. J’ai découvert par la suite l’univers obsessionnel de Mario Bava. J’accrochais immédiatement à ses œuvres. Bava devint rapidement mon second maître. Ensuite je vis le monde très sanguinolent de Lucio Fulci. Je considère aujourd’hui ces 3 auteurs comme mes modèles. Dans tous mes courts métrages, je leur rends hommage.
 
 

 
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C
 : A part le cinéma d’horreur, y a-t-il d’autres genres que tu aimes ?
 

N : Bien entendu ! J’adore la comédie française et italienne. Je me régale à regarder des De Funés ou des Dino Risi. J’aime aussi certains Truffaut et Zulawski. Ainsi que les Verneuil ou les Leone. Dans l’ensemble je me passionne pour le cinéma européen. Le cinéma asiatique m’attire aussi quelque fois. J’aime me laisser emporté par la violence surexcitée des premiers John Woo ou par la douce contemplation de Abbas Kiarostami. Par contre le cinéma américain ne m’intéresse pas. Même les classiques. Je m’ennuie souvent devant. C’est tellement destiné à un large public que ça devient du plastique recyclé. (rires)

C : Quand as-tu commencé à réaliser tes courts métrages ?
 

N : En 1997, Jean Noël, un ami du collège, me proposa de tourner un film avec son caméscope VHS-C. J’acceptais avec enthousiasme. On écrit le scénario en quelques minutes puis on alla dans un parking. Le film s’appelait « Meurtre au parking ».Je jouais le rôle de la victime et de l’assassin. Jean-Noël filmait en tourné-monté. Je me sentais complètement dans mon univers. Puis, je demandais un caméscope à mes parents. J’attendis l’année suivante pour l’avoir et me mis immédiatement à filmer. Je me rappelle que ma première victime était un chien en peluche qui se retrouvé pendu par le nez à l’aide d’un cintre. Le sadisme était déjà là. (rires). Puis j’ai joué dans mes films jusqu’en 2001 car personne ne voulait mourir à l’écran sauf deux ou trois copains.

: As-tu déjà joué devant la caméra de quelqu’un d’autre ?
 

N : Oui, j’ai déjà joué le rôle d’un zombie ou d’une silhouette dans des courts métrages de potes. J’ai aussi été un skateur imbécile ainsi qu’un dragueur chiant ou un obsédé sexuel. Rien de bien passionnant mais je me suis rendu compte que j’étais à l’aise devant la caméra.

: As-tu déjà touché à un autre genre ?
 

: Je me suis risquer à la comédie avec un ami qui s’appelait Samy mais le résultat ne faisait rire que nous. Puis j’ai fait des documentaires dans un laboratoire de biochimie et contre le tabac mais je ne me suis pas senti à l’aise en les faisant. En 2004, j’ai réalisé mon premier clip onirique « Les filles en fleurs » librement inspiré de Marcel Proust. Une sorte de voyage contemplatif sur la beauté des filles dans la nature estivale. Aujourd’hui, je le trouve un peu léger. C’était très agréable à tourner mais le résultat ne me satisfait plus. C’est pour cela que je ressors mes lames de rasoir et l’encre rouge pour continuer dans l’horreur. LE genre dans lequel je m’éclate le plus !!!


C : Que ressens-tu quand tu réalises tes courts métrages d’horreur ?
 
N : À 8 ans, je faisais des dessins et des B.D sanglantes à base de tueur masqué et d’armes blanches. Puis en découvrant le cinéma d’horreur, j’ai senti une nouvelle voie pour m’exprimer. Pendant l’écriture de mes scénarii, je suis sans cesse comme un volcan en éruption. Je réfléchis matin et soir. J’écris sur un petit calepin que j’ai toujours avec moi. Souvent, la nuit, je me réveille et j’écris une idée les yeux embrumés. C’est le moment que je préfère. Puis le tournage arrive. Je suis alors en état de transe et tourne très vite. Je déteste qu’on me pose des questions à ce moment là. Le montage permet de donner la vie au film.

Je pense que faire des courts métrages d’horreur m’apaisent car je suis quelqu’un de très nerveux et un peu soupe au lait. Je retrouve un équilibre en assassinant dans mes films. C’est la plus belle catharsis que j’ai trouvée !


C : Pourquoi les victimes de tes films sont essentiellement des femmes ?
 

N : Parce qu’elles ont des yeux de chat, des bouches pulpeuses, des longs cheveux ondulés, des jambes fatales et des silhouettes effilées. Ce sont des beautés solitaires. Une femme est tellement plus agréable à l’image que, à une période, j’avais décidé de tourner exclusivement avec elles. Mais quelques fois, on croit que j’ai des problèmes avec les femmes et que je suis misogyne. C’est totalement faux ! Ça serait plutôt l’inverse. Alors depuis peu, je fais tourner des hommes. Ce qui est bien c’est qu’ils se laissent volontiers couvrir de rouge. Alors je ne me gène pas pour leur faire subir les pires sévices. (rires) Les femmes victimes sont devenues les femmes bourreaux comme dans mon dernier film.

C : Quels sont tes rapports avec tes actrices ?
 

N : J’ai toujours choisi de travailler avec des filles qui n’ont jamais tourné devant la caméra. C’est une expérience magnifique car elles n’ont pas de jeu stéréotypé et sont naturelles. Je laisse tourné la caméra à leur insu et j’obtiens des perles d’expressions. En générale, ça se passe très bien. Au début, elles sont méfiantes, surtout quand je leur raconte ce que je veux faire d’elles (rires). Puis elles acceptent souvent. Le tournage se passe plus ou moins bien. Certaines abandonnent le tournage en plein milieu, d’autres s’ennuient mais la plupart du temps il n’y a aucun problème. Les scènes de meurtres sont très difficiles à faire. Surtout lorsque je suis seul avec l’actrice. Mais après, on en rigole. A la fin du montage, quelques-unes unes disparaissent sans voir le film et ne me donnent plus de nouvelles. D’autres me demandent si j’ai des nouveaux rôles pour elles… Chaque muse a son tempérament. J’ai été toujours très heureux de travailler avec elles. Elles m’ont apportées tellement de choses et chacune est unique.


C : Les scénarii de tes courts sont souvent difficiles à comprendre. Ne crains-tu pas qu’ils soient trop hermétiques pour le spectateur lambda ?
 

: D’abord ils ne s’adressent sûrement pas à un public quelconque mais à la cinéphilie ouverte d’esprit et aux fans du genre. Lorsque j’écris, je ne me pose pas devant un bureau avec un stylo et une feuille blanche car sinon l’inspiration disparaît. Elle me frappe n’importe où et n’importe quand, comme un choc électrique. Je tourne beaucoup à l’instinct. Je sais que mes courts peuvent en interloqués plus d’un mais je n’ai pas d’histoire à raconter, uniquement des images à montrer. Il faut que le spectateur se laisse aller à des émotions primaires et ne cherche pas à tout comprendre. C’est le résultat du cinéma actuel dans lequel on doit tout saisir et rendre l’œuvre accessible à un large public.

C : Tu adores les mouvements de caméra mais n’as-tu pas peur de faire de l’esbroufe ?
 

N : Quand je fais mon story-board, le mouvement de caméra me vient naturellement pour chaque scène. Je ne me dis pas qu’il faut faire des plans complexes pour impressionner le spectateur mais le travelling est un de mes mouvements préférés. Alors mes films en sont remplis. La caméra se déplace dans l’espace. Elle nous emporte dans son élan. Souvent subjective mais toujours lié à mes sensations. Chaque mouvement à un caractère psychanalytique. Il doit être perçu inconsciemment par le spectateur et lui montrer la vision de l’auteur. Pasolini disait qu’il existe 2 types de cinéma : Le cinéma de prose et le cinéma poétique. Le premier se caractérise par une discrétion des mouvements d’appareil et se concentre sur le jeu des acteurs. Le second est caractérisé par des mouvements complexes et se concentre sur l’image. Le cinéma de prose raconte une histoire de manière théâtrale. Le cinéma poétique montre des images de manière virtuose. Modestement, je revendique le second type de cinéma. Ce n’est pas de l’esbroufe mais un style de narration qui me correspond.

: Peux-tu me parler des déboires de « Sévices » (2001) ?
 
N : J’étais en Terminal STL (Biochimie) et on m’a demandé de réaliser un film de 10 min sur le thème de « La résistance » pour le festival lycéen du court métrage de Toulouse. J’ai accepté de suite et j’ai imaginé l’histoire d’une fille qui se fait enlever par un sadique qui la torture et la tue. Le lycée me prêta une caméra numérique, très cher à l’époque, et me donna carte blanche à condition que je gagne le concours. Je me rappelle encore des dires de la directrice du CDI : « Cette année, on doit gagner !!! » C’était si important pour elle. Mon équipe se composait d’une pionne du lycée (Jade), qui devint par la suite une de mes muses, et de 2 camarades de classes (Abdel et Loïc). J’ai demandé à une fille de ma classe de jouer dans le film. Elle s’appelait Sabine Salvadore. Ce fut ma première actrice. Le tournage se passa dans la joie et le sang. Pour le montage, on avait à disposition un ordinateur ainsi qu’un technicien. Après 2 mois de travail, nous présentâmes le court au proviseur. Très scandalisé, il décida de faire modifier la fin dans laquelle la fille mourrait à cause de l’acide dans ses yeux et de finir sur une touche d’optimisme. On fut donc obligé de retourner la fin à contre coeur. Celle où la fille s’enfuit de chez son bourreau. Le film fut envoyé au festival avec un avertissement au début du générique : « Ce film contient des scènes susceptibles de heurter les personnes sensibles. » Il ne fut pas sélectionné.

Depuis ce jour, dès que la directrice du CDI me voyait, elle tournait la tête et partait. Elle a du être très déçue. J’en garde un souvenir amer. Je n’ai pas pu avoir la version 1 du film et je ne possède qu’une vieille VHS de la version 2. Ce jour là, je décidais de rester au format analogique et continuer à faire du tourné-monté avec une totale liberté. Avec le temps, je me rends compte que cette expérience m’a forgé pour les autres contraintes de la réalisation.

C : Tu parles souvent du tourné-monté. Comment fais-tu exactement ?
 

N : Jusqu’en 2004, tous mes courts métrages étaient tourné-monté. C’est à dire sans montage final. Je tournais le film chronologiquement, et dès qu’une scène était ratée, je rembobinais la cassette vidéo et réenregistrait par-dessus la seconde prise. Ce qu’il fait qu’à la fin du tournage, le montage image était terminé. Il ne me restait qu’à procédé au montage son qui était une étape pénible et stressante. Elle consistait à ajouter de la musique ou des bruitages sur le montage image. Je branchais mon caméscope sur mon magnétoscope puis un magnétophone sur la prise audio du même magnétoscope. Vous suivez ? (rires) Ensuite, j’envoyais la musique et je devais être synchrone avec les images. Comme j’avais en générale 4 ou 5 cassettes audio de différentes musique, il ne fallait pas se rater, sinon je devais tout recommencer. Au final, j’avais un master sur VHS que je dupliquais pour pouvoir le diffuser. Ce qui explique l’importante baisse de qualité de l’image. C’était frustrant, mais je n’avais pas d’autres choix. Aujourd’hui avec le numérique, je ne pourrais plus refaire cela.

C : Est-ce que tes courts métrages analogiques (VHS) sont encore visibles ?
 

N : Oui, depuis janvier je les restaure et les transfert sur DVD. J’ai déjà fait un DVD qui s’appelle « Mon CiNima » avec 9 courts-métrages de 2001 à 2006. Le second DVD est en cours de préparation. Il devrait être disponible fin 2006.

C : Après tant d’années et tant de courts métrages (91 !!!), penses-tu avoir la grosse tête ?
 

N : Euh… Je suis très heureux de faire partager mon univers cinématographique aux gens. Je montre mes films pour être aimé. J’ai sûrement de la fierté à les diffuser mais je ne me prends pas pour Argento ou Bava. Plutôt leur disciple ou la relève ! (rires) Je profite de ma disponibilité pour en faire le plus possible comme si demain n’exister pas. Si les gens aiment, je ressens une joie intense, s’ils détestent, je cherche à savoir pourquoi et je me corrige dans les films suivants. C’est un travail minutieux pour atteindre la pureté du genre. J’en suis loin mais je m’y approche.

C : Maintenant un petit bilan : Que représente pour toi le cinéma ?
 

N : C’est mon moyen d’expression le plus efficace. Il réunit la peinture, la musique, la littérature et la photographie en un support. En réalisant, j’ai l’impression de revivre car je laisse libre court à mon imagination. Sur un plateau de tournage, je suis quelqu’un d’autre. Une énergie vitale m’envahit et je ressens une force indestructible qui se réveille en moi. J’ai besoin de créer pour exister et le cinéma me le permet pleinement. Pour cela, un grand merci à Louis et Auguste Lumière…

C : Et tes études dans tout ça ?
 

N : Je recommence une année de Master 1 cinéma car je n’ai pas rendu mon mémoire. Mon sujet est le cinéma d’horreur italien. Mes scénarii, mes tournages et mes montages me prennent 95% de mon temps…alors les études passent après.

C : Quels sont tes projets pour 2007 ?
 
N : Ouf ! C’est loin tout ça ! En tout cas, actuellement, je suis en post-production de « La gatta con la coda bianca » (La chatte à la queue blanche). J’ai un projet pour cet hiver. Un film sur la décomposition du monde qui s’appellerait : « Il vento freddo della morte » (Le vent froid de la mort). Cette fois ci, pas de tueur aux gants noirs ni de couteau !! (rires)
 
Propos recueilli par Cyril Bron

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